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MARCELO BURLON : Rencontre avec le designer dans son studio milanais.

Mis à jour : 13 nov. 2020

Entrevue: Jack Self

Vous êtes né en Argentine. Qu’est-ce qui vous a amené à faire carrière à Milan?

Mon père est italien et ma mère est libanaise. En 1990, ils ont décidé d’émigrer en Italie pour fuir la grosse crise financière qui frappait l’Argentine. Nous sommes donc partis pour recommencer à neuf. Ma famille a ouvert une usine de chaussures sur la côte adriatique; tout le monde y travaillait. À la fin de mon adolescence, je me suis mis à fréquenter les clubs le dimanche après-midi. Je suis devenu un gars de club. En fait, c’est vite devenu mon boulot principal. Puis en 1998, alors que je travaillais dans les clubs depuis quelques années, un groupe de jeunes clubbeurs qui voyageaient à travers l’Italie sont passés par le village où j’habitais et m’ont dit : « Mais qu’est-ce que tu fais? Tu devrais venir à Milan! » Ils étaient tous modèles ou designers pour de grosses compagnies comme Prada. On avait tous le même âge et ils avaient des boulots fantastiques, donc je me suis « OK! Allons-y ! »


Par le passé, vous avez été organisateur de partys, promoteur et DJ. Aujourd’hui, vous êtes aussi directeur de création, photographe et designer de mode. Comment faites-vous pour porter tous ces chapeaux, et comment ces sphères de votre vie sont-elles interreliées?

Je ne suis jamais allé à l’université. Tout ce que j’ai fait dans ma vie et tout ce que je fais maintenant, je l’ai appris par moi-même. C’est à ma passion pour la vie et à ma volonté de faire ce que j’aime que je le dois. J’ai été promoteur d’événements pendant un bon bout de temps, donc je me suis retrouvé en plein cœur de la vie nocturne de Milan. J’ai accueilli Prince pour Versace; j’ai organisé des concerts pour Grace Jones –ça m’a fait découvrir un autre univers et je me suis mis à faire de la musique pour les défilés de mode. Ce mélange de direction créative musicale et de design m’a tout naturellement amené à travailler comme styliste pour des magazines indépendants. C’est en travaillant pour des publications comme GQ ou Style Germany que j’ai réalisé à quel point c’était un exutoire créatif important pour moi.

Comment en êtes-vous venu à produire vos propres collections ?

C’était à l’aube de la révolution des médias sociaux. Au fil de ma carrière, je m’étais bâti un impressionnant réseau international de musiciens, de designers, de stylistes, de DJ, etc. Chaque fois que je visitais un nouveau pays ou une nouvelle ville, des gens venaient me voir – et pas des paumés! J’ai réalisé que ces gens-là ne voulaient pas juste une aventure d’un soir avec ma musique. Ils voulaient sincèrement faire partie de ma vie. Nous partagions les mêmes goûts et les mêmes croyances, et c’est ce qui m’a poussé à me dire que je devrais lancer ma propre marque. À la base, je voulais raconter mon histoire de façon graphique, et le t-shirt était la meilleure façon de communiquer mes idées. Tout le monde s’achète au moins un t-shirt chaque mois, donc c’était un format tout indiqué pour me permettre de m’exprimer et d’interagir avec les autres. Je ne suis pas un designer… enfin, pas un designer de mode. C’est ce que je dis chaque fois qu’on m’interviewe. Je ne suis pas un designer de mode.

Quelle est l’origine de votre symbolisme? C’est une esthétique très particulière, qui semble s’inspirer largement de l’imagerie propre à la nature et aux animaux, mais aussi du mysticisme ancien ?

Je me suis inspiré de symboles utilisés par les indigènes de Patagonie. Chaque symbole représente quelque chose de très spécifique, comme dans le langage. Ça peut être la mort, la vie, le ciel, la terre, la nature, Pachamama [mère Nature]. J’aime jouer avec ce genre de symboles, mais nous avons aussi créé notre propre symbolisme, qui cherche à capturer l’esprit de la vue nocturne et l’énergie d’une fête rave.

Vous travaillez souvent à partir de pièces streetwear très classiques et simples, auxquelles vous apposez votre symbolisme sous forme d’imprimé ?

J’ai grandi dans les clubs de la côte adriatique. Quand je suis finalement déménagé à Milan, je me suis mis à fréquenter un groupe d’artistes graffeurs très influent à l’époque, et profondément ancré dans la culture street. Même quand j’étais petit, en Argentine, nous n’avions pas la télé, donc j’ai puisé mes influences ici et là, dans tel magazine rare ou dans tel film que j’avais vu au cinéma. La rue s’est chargée du reste.

Même si je suis plutôt du type électro, j’ai été DJ hip-hop pendant un moment, alors j’ai rencontré un tas de rappeurs. C’est fou parce que maintenant, on travaille ensemble sur des collaborations! Bref, la culture streetwear est super importante pour moi. Je veux dire… C’est un peu étrange que de nos jours, les gens fassent la distinction entre la mode et le streetwear, parce qu’en fait, c’est devenu une seule et même chose. Nous nous sommes élevés aux côtés des plus grands noms; nos compétiteurs sont les gens pour qui je travaillais auparavant!

Question finale : comment décririez-vous votre travail en un seul mot?

Contemporain.